dimanche 12 octobre 2008

Compte rendu du voyage à l'est du Congo RDC dans le Kivu août 2008

J’ai pris quelque jours de vacances dans le Kivu, après trois semaines de dur mais fructueux labeur a Kinshasa pour notre association des enfants des rues,
J’étais invité par une amie congolaise, militante de la solidarité migrante en France, et dont le Père pasteur évangéliste a Bukavu, a fait un travail considérable, en tant que dirigeant de la communauté des Eglises de Pentecôte au Congo (CEPAC) et avec l’aide de la Suède : une université, avec 5 disciplines et 40 bâtiments, Un hôpital à Panzi, conçu à la suédoise, l’un des trois équipements sanitaire de Bukavu, ou sont soignées les mamans violées par les groupes armés, et ou est pratiquée une chirurgie de haut niveau en liaison avec le Fistola Hôpital d’Addis-Abeba, et ou s’est rendue Rama Yade en juin,
Le fils aîné, est pasteur en France, dirigeant d’un regroupement d’Eglise la CEAF, qu’il représente auprès de l’Eglise réformée de France,
Il a pu construire avec l’aide active de sa famille une clinique privée bientôt deux de qualité. Il a réussit un partenariat avec deux centres hospitaliers français, Toute la famille est mise a contribution.

J’ai profite de ce court mais exceptionnel séjour pour capter quelles informations

Le Kivu

Le Kivu est situé a 2000 Km à l’est de Kinshasa, c’est une région montagneuse magnifique avec huit volcans culminant a 4500m, un région de grands lac, parmi les plus profonds du monde,
région frontière avec le Rwanda et le Burundi, région fertile, mais hélas aussi région confrontée au passage de nombreux groupes armés depuis 1996.




Les groupes armés
Il y a donc hélas une réalité de guerre avec ses aspects barbares.
Ici sur la photo, on voit les réfugiés de Goma qui ont fui devant les troupes du général Laurent Nkunda, Tutsi congolais de langue rwandaise, prétendant protéger les congolais Tutsi des exactions des Hutus rwandais du FDLR, génocidaires en 1994, en révolte contre la république du Congo à Kinshasa et financées par Kagame, l’actuel président du Rwanda, et par quelques activités minières.
Les réfugiés sont arrivés sur le site il y a un mois, mais les événements récents on encore aggravé la situation, ils seraient 400 à 600 000 réfugiés dans la région) ( 1)
« Nous avons envoyé l’un des notre en reconnaissance pour vérifier la possibilité de rentrer dans notre village et il s’est fait tuer, ici nous ne recevons encore aucune aide » nous ont dit nos correspondants
Les Interhahamwe du FDLR, anciens génocidaires Rwandais Hutu
L’observation satellite permet de voir qu’ils s’orientent de plus en plus vers la sédentarisation et l’activité agricole. Ils vendent leur production sur les sites miniers, situés hors des moyens d’accès routiers, et sont pratiquement inaccessible aux forces armées régulières.

Les Baniamulinge, congolais de langue rwandaise
On sait que les candidats aux présidentielles ont tentés d’attiser les rivalités ethniques, pour influer sur le cours du scrutin, le même phénomène semble se produire dans le kivu, Un journaliste Belge de l'agence REUTERS m'a affirmé qu’il classait comme cause majeur de l’insécurité a l’est l’attitude actuelle du gouvernent envers les Baniamulinge.
Ce qu'ont niés ensembles le président de la province du Kivu, M. Emile Kadudu, avec qui nous avons dîné en compagnie de mes amis, ainsi que les Jésuites, observateurs averti et courageux, rencontrés a BUKAVU
Pour eux, c’est Kagamé qui stimule encore aujourd’hui les rivalités avec les Baniamulege, installés a Uvira, pour des raisons mal élucidées, toute annexion de ce territoire étant aujourd’hui hors de portée


Les dirigeants de la communauté Baniamulinge se sont désolidarisés complètement des actions de guerre de Kunda

Quand est’il des viols de guerre ?
La guerre et les viols de guerre, qui ont rendu célèbre la région, sont nettement moins intenses qu' auparavant mais plus diffus, Ils sont le fait aussi bien de l'armée régulière :les FARDC que des groupes armés, ou même de civils ou soldats en dérive
Les trois centres médicaux de Bukavu et de Goma soignent tous les femmes violées
mais ce n’est plus l’envahissement, le président de la province a eu la curiosité d’esprit d’aller visiter le centre de Panzi, l’avant veille d’une visite officielle médiatisée, et n’a trouvé que deux mamans en soin de fistule à la suite d’un viol, lors de la visite officielle, l’hôpital était plain a craquer de faux malades, cette manipulation a indigné la population, et fin septembre on signalait que la population lançait des pierres sur l’hôpital.


Le comportement de l’armée régulière est préoccupant
juste avant mon arrivée a Bukavu, la XIV brigade stationnée a Kabare, à 3 Km de la ville, a ligoté les habitants de la bourgade et a pillé leurs habitations, la brigade était en voie de clochardisation, sans doute sans paie, suite a une défaite militaire.
Pendant l’offensive contre Nkunda, l’armée est venue vendre au marché de Goma des vaches volés
La réforme des institutions police justice armée est une priorité et fait partie des actions de coopération française et Européenne, mais la situation actuelle paraît hors de contrôle, d’après caritas, Kinshasa n’est pas en mesure de dire de combien de soldats est composée l’armée.
Cette armée est mal équipée, mal formée, il lui arrive de fuir au combat alors qu’en face les soldats de Nkunda sont prêts à mourir, elle se heurte à la faiblesse des rémunérations qui empêche les soldats de manger à leur faim sans raquetter la population. L’un des programmes de coopération consiste a sécuriser le circuit de paie des soldats. Mes amis m’ont parlé d’un soldat dont la mission est de garder la route des anciens généocidaires Rwandais, et qui a mis une écuelle sur la route, les voyageurs doivent y déposer de la nourriture en passant, sa propre alimentation.

L’ONU
Ella a reçu un mandat politique qui lui permet d’aller chercher l’ennemi, il semble plutôt qu’elle l’évite, quand elle ne trouve pas quelques accords avec lui, la population civile elle lui manifeste sa colère et fin septembre lui jetait des pierres.
D’après les Jésuites, elle fut prise une fois en flagrant délit de retrait lors de l’annonce d’une attaque, la dénonciation de ce retrait avait conduit a la mutation du responsable

La complexité de la situation
La complexité des problèmes et le manque de sources fiabilisées, suscite des avis divergents
Le président élu de la province niait la réalité de guerre en août, et considérait alors qu’ on cherchait a donner une impression dramatique pour atteindre l’opinion et fixer la solidarité internationale
Les Jésuites, estiment que la situation militaire n'est pas sous contrôle et reste préoccupante
Il est surprenant d'apprendre que Kabila a donné l'ordre d'arrêter l'offensive des troupes contre Laurent Nkunda, déclenchée en décembre 2007, alors qu'elle réussissait, ou encore d’apprendre qu’une partie de l’état major des FARC est issue du RCD Goma donc à priori proche de l’ennemi, dont il a un temps épousé les objectifs, ou encore que tel général réputé ferme a été muté au bas Congo
Ou encore que l’on continuait a se battre pendant les négociations de Goma en janvier 2008, négociations qui n’impliquaient pas le Rwanda, pourtant acteur essentiel du conflit….
L’impression est donnée d’une situation non contrôlée voire entretenue délibérément de ni paix, ni guerre, dont quelques uns profitent.


La population civile assume avec courage
Je connaissais déjà l’héroïsme des mères des familles de Kinshasa, qui renoncent à s’alimenter pour nourrir leurs enfants, tout en gardant le sourire, j'ai rencontré à Goma un médecin héroïque, le Dc A, qui accepte d'aller soigner en zone sous contrôle des forces rebelles en plaine foret, à 250 Km de Goma au sud, et pour 100$ de salaire, Pour lui, il n'y a pas vraiment d'issue a ce conflit et l’ accord politique récent n'a pas produit les effets attendus
il m'a raconté que les hommes armés pouvaient entrer dans sa chambre en plaine nuit et lui demander immédiatement de soigner des combattants, sans payer évidement
Cela fait 3 ans qu'il dirige la zone sanitaire de 12 équipements, a la demande de l'administration sanitaires du pays, il m'a dit qu'il commençait seulement maintenant a être accepté par tous les belligérants Mai-Mai (milice locale), Interhahamwe (Rwandais Hutu génocidaires) et ne doit sa protection qu’a son seule savoir faire psychologique.


Des zones de sécurité existent
Goma et Bukavu, qui ont connues la guerre à plusieurs reprise, sont aujourd’hui devenues des villes tranquilles, le climat y est tempéré, la nature très fertile, la pauvreté un peu moindre en raison des échanges frontaliers stimulants, les ONG nombreuses, luxueuses même, ce qui semble faire problème. Les Jésuites ont évalués par audit 60 ONG, et n’ont pas accorder la validation à 15 d’entre elles
La Monuc, force armée de l’ONU, semble se mettre a l'abris plus que se préparer au combat, elle a une très mauvaise réputation, est parfois prise à parti par la population mécontente, et fut même prise même sur le fait, d’alléger sa garnison à la veille d’une offensive annoncée de l’ennemie a Bukavu, L’article de presse efficace des Jésuites, qui relatait leur défaillance a fait le tour de l’Europe avant de regagner le Congo et a conduit a la mutation du responsable sans autre commentaires.
Malgré ses limites, son prix d’un milliard de dollar annuel, elle reste utile pour éviter que la région ne devienne une sorte de Somalie


Un des tous premiers problème du Congo est le contrôle de l’exploitation minière
Comment générer des ressources pour faire vivre les institutions indispensables dans un si grand pays. Alors que le sous sol, encore mal exploré, est d’ore et déjà considéré comme un des meilleurs du monde (cuivre (10% des réserves mondiales), cobalt (34% des réserves mondiales), diamants, pétrole, uranium, or, coltran, gaz) Mais les bases d’une saine gestion ne sont pas encore posées : ,il n'y a pas de cadastre minier dans le Kivu, donc pas de titre de propriété minier, l'actuel code minier, imposé par la banque mondiale en 2002, ne prévoit pas de taxes légales sur l'extraction de minerais, mais un intéressement au capital, et de fortes incitations a la privatisation de l'exploitation.
33% du territoire congolais est concédé à 642 sociétés, pour l’essentiel il s’agit d’accords sans contenus équitable voire de troc, sans véritables contre parties pour l’Etat
L’absence de taxe est dramatique pour le budget du pays (en comparaison la société civile du Niger vient d'obtenir une progression de la taxe sur le minerais d'uranium qui est passée de 15 $ à 150 $ la tonne auprès d'AREVA (11000 FCFA à 110 000 FCFA) l’information m’a été donnée directement par un dirigeant syndical rencontré a l’université de Nantes du CRID

Les sites sont le plus souvent a l'abandon et exploités par des chercheurs individuels, accompagnés souvent d’enfants, Ces creuseurs risquent leur vie pour gagner 2 à 4 dollar par jour, sans même trouver de quoi se nourrir localement, dans un environnement sans route, sans fermes, sans administration. Ils seraient 150 000 dans le Katanga
L’accord minier avec les chinois, débattu au parlement, a consisté en un vaste troc, le financement des infrastructures contre des franchises territoriales

La question des mines est très sensible politiquement, le conseiller du premier ministre, en charge de ce dossier, a été assassiné, Un ancien colonel belge venu expertiser une mine de diamant dans le Kasaï, qui tombait en faillite, a été expulsé après avoir préconisé quelques mesures de redressement aux autorités.

La population est convaincue que les autorités se servent, ce qui n' a été démentit par aucun de mes interlocuteurs informés.

Il y a tout de même des avancées à petit pas: le contenu de 61 contrats miniers a été publié, une commission d’étude Ministérielle obtenue, sa composition élargie a la demande des acteurs civils, son rapport publié, toujours par la pression de la société civile, la réforme du code devrait finir par être a l'ordre du jour, il est prévu de donner 51% des parts des nouvelles sociétés a l’Etat
A BUKAVU une commission scientifique, dénommée Bureau d’Etude Scientifique et Technique (BEST), interconfessionnelle, présidée par un Jésuite, financée par l'université Canadienne de Montréal, va mener des enquêtes de terrain
Vraisemblablement c'est par le contrôle des mines que le pays peut se redresser, pour redresser ses finances et payer son administration
Cela donne donc son sens prioritaire au soutien a apporter a cette commission de BUKAVU

un plaidoyer pour en finir avec la guerre
En France un responsable du CCFD, m'a précisé: « la guerre s'arrêtera quand la Monuc aura un mandat de contrôle des zones minières, mais trois états s'opposent a ce mandat: la Chine, le Rwanda, le Congo RDC lui même »,
un membre civil de la Monuc a Kinshasa, ma confirmé ce propos
on aurait donc une situation de non guerre, non paix qui profiterait a quelques uns et ferait vivre la grande masse de la population dans des conditions inhumaines, parmi les pires de la planète


La misère
C’est le vrai sujet de ce pays, le revenu par habitant est de 93 $ par an (2),contre 900 $ pour l’Afrique de l’est, 246 pour Madagascar, 322 pour le Mali, le pays est 168me sur 177 pour l’indice de développement humain, si le pays a renoué avec la croissance, les gens souffrent et ne voient strictement rien changer, la construction d’un tronçon de route est un tel événement qu’il passe a la télévision nationale.
Des religieuses m’ont dit que ce qu’elles vivaient au Congo était pire que ce qu’elles vivaient à Madagascar, et bien pire qu’en Afrique de l’Ouest.
Ma voisine a N’Djili, quartier de Kinshasa ou j’habite à chacun de mes voyages, vivait seule avec trois enfants, en vendant un stock de charbon d’une valeur de 10 $, son amie n’avait a vendre que des cacahuètes, je les trouvaient blotties tard dans la nuit noire au bord de la rue endormie…




La corruption
Le quatrième problème majeur de la RDC (avec la misère, l'insécurité civile et les mines) est la corruption, c'est l’un des cinq points soulevé par la conférence des évêques congolais, dans une note lue dans toutes les Eglises du Congo en juillet. Le pays est 168me sur 180 au regard de l’indice de corruption perçu par les milieux d’affaire, d’après Transparency International.

Cette corruption est ancienne et remonte aux pratiques qui avaient cour sous Mobutu, elle touche massivement les institutions, dont les salariés sont très faibles, voir non payés,( de 50 à 70 dollars pour un policier et un militaire)

Deux procès sont en cours a Kinshasa, l’un concerne un détournement du budget de l’Etat de plus d’un milliard de dollar par la régie financière d’un groupe d’ établissements publics, l’autre concerne la paie des enseignants d’une région entière

Autrefois les chefs contrôlaient et partageaient les prédations mais ne le font plus, et les employés et de rang modeste doivent se débrouiller

Comme me le disait Edith à Kinshasa, les gens honnêtes existent, ils sont minoritaires, c'est une minorité qui n'est pas protégée.

A Kinshasa nous avons vu que la police n’était pas sérieusement contrôlée et raquette les femmes vendeuses, mère des enfants des rues réunifiés que nous suivons, Nous avons interpellé le directeur général des Affaires sociales de Kinshasa, « parlez avec vos collègues : que veut la police ? les enfants des rues doivent ils vivre dans leur famille ou à la rue, nous constatons que les mamans qui paient les taxes de commerce, se font raquetter chaque jour d’un dollar », je vois sur les visages des enfants la trace de la mal nutrition, et demain ils vont retourner à la rue ou ils mangeront un peu mieux » Il a gardé le silence.

A coté de la corruption il y a les injustices: un député gagne 5000 $ par mois, ils sont tous équipés de magnifiques 4*4, un universitaire gagne 100$, quand son collègue de Cote d’Ivoire gagne 1500 $. Les congolais rencontrés sont très sensibles a ces questions, souvent en colère, je n’ai pas perçu de résignation.


Les femmes victimes des traditions
Il y a aussi les femmes victimes des traditions patriarcales, et qui souffrent :
mariage organisé par les familles, confinement au foyer, travaux domestiques et charges d’entretenir la famille. C’est le cas de nos mamans a Kinshasa, c’est également le cas dans le Kivu


conclusion :
La loi du plus fort bien sur s’applique mais les causes profondes de la misère sont d’abord internes au pays

La loi naturelle de l’humanité, c’est la loi du plus fort, entre les pays riches et pauvres, entre l’occident et les pays du sud, entre les bien portants et les handicapés, entre les puissants et les humbles, entre les hommes et les femmes…
Un mouvement de civilisation fait de travail, de conscience, de lutte et de coopération peut rendre cette terre habitable pour tous, basée sur le respect, sur le droit du pauvre, le droit de la minorité, le droit des nations pauvres, le droit des femmes, le droit de l’enfant, comme une compensation civilisatrice conforme a vocation à la dignité de l’être humain
Il est possible de s’attaquer aux vraies causes de la misère, c’est un devoir sacré, c’est une loi de l’humanité
Souvent mes amis congolais considéraient que les malheurs de la RDC étaient dus au comportement de l’occident, je leur répondait, certes l’occident applique la loi du plus fort, avec les conditionnalités posées autour de la dette odieuse, en ce moment par exemple en renégociant les accords de l’A.C.P, mais regardez, le Boswana, la Tanzanie, l’Ethiopie, l’Ouganda, le Ghana, tous ces pays soumis a la même pression se développent avec vigueur et sont déjà méconnaissables, La comparaison des indices de PIB par habitants et par an est accablante pour la RDC : 93, L’île Maurice :4649 $ le Botswana 4339$, la Namibie 2246 $, le Congo Brazza 1100$, le Cameroun : 642 $, le pays est le dernier au monde pour le climat des affaires, d’après Doing Business, les vraies causes de la misère sont d’abord internes au pays.


(1) au moment ou ce texte est écrit, le conflit n’a pas encore repris
L’archevêque du BUKAVU, Mg Maroy, a écrit à l’ambassade de France, fin août, pour signaler des infiltrations massives de soldats en provenance du Rwanda
(2) il est de 33 000 $ par habitant et pas an pour les pays développés

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